Château-Dompierre

Un site à découvrir ...

Un château de l’An Mil.

Situé sur un itinéraire ancien, Château-Dompierre s’est développé autour d’une rocca, monticule rocheux et d’une motta, monticule de terre, qui contrôlaient le passage étroit de la chaussée de l’étang. Au pied de la roche, une chapelle est mentionnée dans une charte de donation en 1080. Dans ce parchemin, Agnès de Magnac, de la puissante famille du même nom, confie l’église de Saint-Sornin-Leulac, le monastère Saint-Maximin de Magnac et la capella du castellum de Damper à l’abbaye de Déols, près de Châteauroux. Dans ce contexte le terme « château » renvoie à un espace seigneurial.

Désormais, l’ensemble est appelé seigneurie de Château-Dompierre.

Château-Dompierre, une Histoire médiévale complexe.

Du XIe siècle au XIVe siècle, des membres de la puissante famille de Magnac portent le titre de seigneur du Château-Dompierre. Le fief est aussi associé à la seigneurie de Dompierre-les-Eglises et sa tour sur une plate-forme carrée entourée de douves, proche du bourg, ainsi qu’à la seigneurie de Saint-Sornin-Leulac et sa motte féodale.

Château-Dompierre ou castra domperii s’organise autour de trois espaces.

  • La chapelle Saint-Martial qui dépend à partir de 1115 au chapitre-collégiale du Dorat et la Rocca qui semble très rapidement délaissée au profit des deux espaces suivants.
  • La motte, appelée donjon ou dognon, qui relève de la seigneurie de Magnac.
  • La basse-cour de cette motte qui relève directement du comte de la Marche.

En 1368, les héritiers de la famille de Magnac vendent les seigneuries de Dompierre-les-Eglises, Dompierre-le-Château et Saint-Sornin-Leulac aux chanoines du nouveau chapitre-collégiale de Masseret en Bas-Limousin, suivant les dispositions testamentaires du Cardinal Hugues Roger, frère du Pape Clément VI. Toutefois, les Magnac gardent leur suzeraineté sur la motte/donjon de Château-Dompierre.

A cette période plusieurs familles résident à Château-Dompierre. Parmi elles, Guillaume Poute, alias de Lavaud, originaire d’Issoudun (Berry) réside dans le Castra de Damper en 1407, comme tenancier du chapitre de Masseret.

En 1441, Périchon Poute, écuyer, fils probable de Guillaume, demande la permission de fortifier son hostel fort situé sur la motte/donjon au Baron de Magnac. En 1444, il demande la permission du comte de La Marche de fortifier sa basse-cour. De cette période, peu de traces sont visibles aujourd’hui. Des linteaux en accolades ou des bases de construction peuvent appartenir à cette époque. La fortification a pu se réduire à de simples clôtures murales avec l’élévation de quelques tours (des traces sont visibles sur le cadastre Napolénien).

L’ascension d’une famille et la construction d’un château moderne.

En 1597, Jehan Poute, écuyer, achète les seigneuries de Dompierre-les-Eglises, Dompierre-le-Château et Saint-Sornin-Leulac aux chanoines de Masseret.

Fidèles aux barons de Magnac et aux armées royales, les Poute s’enrichissent, contractent de belles alliances et se portent acquéreur de la baronnie de Fromental en 1552.

Officiellement, seigneur de Château-Dompierre à partir de la fin du XVIe siècle, la famille Poute entreprend la construction d’un château digne de leur rang.

C’est dans l’ancienne basse-cour que le projet prend forme.

  • L’aile Nord s’appuie certainement sur un ancien logis de la Basse-cour comme peut en témoigner l’ancienneté des caves.
  • L’aile Est, détruite au XIXe siècle, comportait deux tours sur sa façade extérieure.
  • L’aile Sud comprend un escalier rampe sur rampe en pierre avec des niches qui peut appartenir au début du XVIIe siècle.
  • A l’Ouest, deux pavillons, reliés par une galerie terminent les deux ailes. Ces constructions sont plus tardives.

Ce logis, qui s’organise autour d’une cour intérieure, possède de larges ouvertures.

A l’Est, le château borde un chemin dont les deux entrées sont matérialisées par des porches.

Au Sud, le porche d’entrée comporte une porte cochère et une porte piétonne en plein cintre. Il est surmonté d’une salle couverte en pavillon. Son accès se fait par le bâtiment ancien qui le jouxte. Si l’ensemble appartient au XVIIe siècle, les bases de la construction sont plus anciennes. Il n’est pas incertain que cette entrée ait pu donner accès à une sorte d’avant cour dont les bâtiments seraient aujourd’hui détruits.

Au Nord, le porche d’entrée, qui est connu grâce à des sources écrites, ressemblait à l’autre porche d’entrée et était associé à une tour.

Le long du chemin, une terrasse a été aménagée avec un accès par un escalier monumental de forme arrondie. Aux extrémités, des supports d’échauguettes en tas de charges en quart de rond ont été disposés à une date inconnue et font office de décors.

Le logis du Grand Siècle de Château-Dompierre correspond aux ambitions de la famille Poute. Plus spécifiquement, à l’une des épouses du seigneur et de sa famille. Vers 1650, Antoinette de Secondat de Montesquieu, invite sa mère, née Marguerite de Sevin et le 2nd époux de celle-ci, Joseph du Bernet, à séjourner à Château-Dompierre. Ce dernier est premier président du parlement de Bordeaux, l’une des plus hautes fonctions judiciaires du royaume. Son neveu (et frère de la dame du Château-Dompierre), Gaston de Secondat, lui succède dans cette charge et séjourne régulièrement à Dompierre-le-Château. Marguerite de Sevin, dite « la présidente du Bernet » fait bénéficier à sa fille de ses pensions royales et a pu participer financièrement à l’aménagement du logis et probablement à la construction des pavillons.

A partir de 1720, les Poute désertent Château-Dompierre au profit de leur seigneurie de Nieul-le-Viroul en Saintonge (Charente-Maritime) où ils détiennent l’illustre charge de Grand Sénéchal d’épée de la province de Saintonge.

Château-Dompierre est alors confié à une famille de régisseur, les Marcoul de Lagorce.

A la Révolution, l’Amiral Poute de Nieul ayant émigré, Château-Dompierre est vendu comme bien national au régisseur Marcoul Lagorce.

Château-Dompierre ou vivre avec son temps.

Vers 1830, Château-Dompierre connait un épisode industriel avec la construction d’une manufacture de draps à la place du moulin. Les bâtiments de la ferme (au niveau de l’ancien hôtel fort) sont surhaussés afin d’abriter des logements pour les ouvriers. Le rez-de-Chaussée du château est loué aux contres-maîtres de l’entreprise.

Cette expérience industrielle est éphémère.

Vers 1880, les héritiers Marcoul Lagorce, les Moreau Lajarrige, entreprennent quelques remaniements dans le château. L’aile Est est détruite. La cour est alors fermée par un simple mur et un portail d’entrée. L’intérieur du pavillon sud-ouest et le premier étage de l’aile sud sont complètement transformés en style haussmannien.

En 1986, le Chateau est inscrit sur la liste des monuments historiques.

Le château de Dompierre-les-Eglises est l’un des rares châteaux subsistant de la région datant du siècle de Louis XIV. Avec son étang et sa forêt, le site est exceptionnel.

En 2015, La veuve de Philippe Moreau Lajarrige vend le château, l’étang, la ferme et la forêt à une famille venue de Normandie. Ces derniers entament des restaurations et tentent de faire revivre le château à travers des manifestations et des visites.

Michaël THOURY.

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